Quelques méditations possibles...

     

    À propos de l’aide à mourir ou euthanasie

    Ne nous faisons pas d’illusion : bientôt le Parlement votera une loi permettant ce qu’on appelle gentiment « aide active à mourir » et qui se nommait auparavant « euthanasie ». Dans une société qui déjà ne veut plus d’enfants, on va faciliter la mort; plutôt que d’aider à vivre, on va aider à mourir. Et pourtant, il y a une autre voie.

    Plusieurs d’entre nous se souviennent d’André Bonis, qui fut, avec Thérèse son épouse, un membre actif de la paroisse. Peu après sa retraite, il fut atteint par la maladie de Charcot. Son calvaire a duré sept ans. Un dimanche de novembre 2005, j’ai accompagné Thérèse dans l’établissement des monts du Lyonnais où on le maintenait en vie. En effet, à ce moment, il ne pouvait ni bouger, ni respirer, ni déglutir sans assistance il ne pouvait plus que remuer la tête et cligner des yeux. Une machine, à côté de lui, lui permettait d’« écrire » des mots sur un écran.

    Lorsque nous sommes entrés, j’ai vu le regard que Thérèse et André ont échangé ; cela m’a « vacciné » contre l’euthanasie : ce n’était pas une piqûre dont André avait besoin mais d’amour. Mais c’est plus difficile à donner et notre société trouve cela bien coûteux.

    L’année suivante, la souffrance d’André (souffrance psychique car les remèdes lui épargnaient la souffrance physique) a pesé plus lourd que l’amour de Thérèse dans la balance et André a fait savoir qu’il « en avait marre » ! Les médecins n’ont pas eu besoin d’attendre une nouvelle loi pour agir ; la loi Claeys-Léonetti suffisait. Je ne sais comment s’est passé ce moment. Je suppose que les médecins ont endormi André puis qu’ils ont débranché les machines qui faisaient survivre André puisque la vie avait déserté presque tous ses organes.

    Je sais que le problème est complexe que la « vie » ne se limite pas à l’animation des organes ; qu’il est peut-être des douleurs que les médicaments ne calment pas ; mais je crois que la loi actuelle permet de venir à bout de ces situations même si un endormissement profond peut conduire à la mort sans que ce soit le but recherché.

    D’autant plus que la future loi s’avère très permissive et pour comble, si je m’en tiens aux informations actuellement disponibles, il est prévu de refuser la clause de conscience aux établissements catholiques de soins palliatifs avec le délit d’entrave à ce « droit d’aider à mourir ». Cette « police de la pensée » est effrayante et fait le jeu de ceux qui aux États-Unis accusent l’Europe d’entraver la liberté d’expression.

    Oui, donner de l’amour plutôt qu’une piqûre ! Mais l’amour, ça n’entre pas dans les protocoles.

                Jacques Penet 03/2026

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    La parabole de l’intendant infidèle (Lc 16, 1-8)

    Vendredi 7 novembre, l’Église nous a fait lire ou écouter une parabole qui donne régulièrement du fil à retordre aux commentateurs ; celle de l’intendant dit « infidèle » ou « malhonnête ». Vous vous rappelez : ce gérant auquel son maître demande des comptes et qui par crainte de perdre son gagne-pain convoque les débiteurs de son maître et réduit leur dettes : « Tu dois cent mesures de blé ? Assieds-toi ; voici ton reçu, écris quatre-vingts ». Ce qui déconcerte les commentateurs, c’est que Jésus, comme le maître, loin de condamner ce comportement, nous demande d’être aussi habiles que cet homme. Comment comprendre ?

    Ce qui m’a mis sur la piste, c’est d’une part un verset qui suit immédiatement cette parabole : « Faites-vous des amis avec les richesses, source de malversations » (on traduit plutôt « le Mamon d’injustice », mais je préfère cette traduction protestante de la fin du XIXème siècle).

    C’est plus encore, une remarque de notre ami Bernard Robin à la fin de son homélie à la maison de retraite d’Andrézieux. Il nous a dit : « Nous ne sommes que les gérants des biens, des dons que Dieu nous a attribués ».

    Mais c’est bien sûr ! Ce gérant, c’est nous. Et la remise de comptes, c’est le moment de notre mort. Qu’aurons-nous fait des biens que Dieu nous a permis d’obtenir ? Avons-nous essayé d’en tirer le maximum ou avons-nous préféré vendre quatre-vingts ce dont nous pouvions tirer cent ? Avons-nous utilisé l’argent (Mamon dans la Bible) pour nous faire des amis, comme Jésus nous le recommande ou pour en jouir égoïstement ? Si le maître, dans la parabole félicite son intendant, c’est qu’il lui importe peu d’avoir cent, ou quatre-vingts mesures de blé dans ses réserves ; tout ce qu’il possède, il nous l’a confié pour que nous en fassions le meilleur usage et il n’est pas un accapareur.

    Je pense que les auditeurs de Jésus comprenaient fort bien cette parabole ; pour eux le symbolisme (le maître = Dieu, la remise des comptes = le moment du jugement dernier) était évident.

    Je crois qu’on a le même problème avec une phrase qui ennuie bien des auditeurs : « A celui qui a, on donnera, à celui qui n’a rien on ôtera même ce qu’il a » (Mt 13,12). Il s’agit du jugement dernier : à celui qui aura de l’amour, on en donnera encore plus, à celui qui n’en aura pas, qui n’aura que des biens matériels, on ôtera ces biens ; les linceuls n’ont pas de poches dit la sagesse populaire.

    Tout l’évangile est parsemé de ces condamnations de l’argent par Jésus ; s’il vivait de nos jours, je me demande s’il ne serait pas « décroissant » ?

    Jacques Penet - 11/2025

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    Nous irons tous au purgatoire !

    L’Église n’échappe pas au mouvement qui entraîne toute la société. Aujourd’hui, chacun y fait son marché.

    « Bonjour, monsieur le curé. Je vous prends le paradis et la vision béatifique, l’enfer évidemment (mais pour les autres !) la trinité, la confession mais en version « light » : en groupe. Pour Marie, je prends l’immaculée-conception mais pas l’assomption et pour sa virginité, je coche l’option « jusqu’à la naissance de Jésus seulement ».

    Les optimistes – dont je suis – se réjouiront que chaque chrétien s’approprie vraiment sa foi ; les pessimistes diront : « Quelle cacophonie ! ». Pourtant était-ce « mieux avant » quand les catholiques répétaient sans les comprendre les « vérités de la foi » ? Plutôt que de cacophonie, pourquoi ne pas parler de « symphonie » ?

    Je vais donc ajouter une ligne supplémentaire à la partition de cette symphonie en proposant ma version du purgatoire. L’officielle : « Un temps pendant lequel notre âme se purifie en attendant de rencontrer Dieu » me paraît manquer de solidité. Je dirai pourquoi un jour. Alors voici ce que je propose : ce ne sont pas nos morts qui entrent au purgatoire, mais nous ! Le purgatoire, c’est ce temps qu’il nous faut pour « purger » notre rapport avec ce mort qui nous fut proche. Le temps qu’il faut pour que nous finissions par le voir comme Dieu le voit. Alors, ce qu’il a vécu, ce qu’il a été s’incorpore à notre propre vie profonde, invisible. Et nous entrons, avec lui dans la « vie éternelle ». Ça ne vous rappelle pas ce qu’on appelait la « communion des saints » ?

    Et rien ne nous interdit de porter ce regard sur les morts que nous ne connaissons pas.

    Car au-delà de notre vie « visible », il y a notre vie « invisible ». Le poète athée Paul Eluard écrivait : « Il y a un autre monde, mais il est dans celui-ci ». Il ne croyait pas si bien dire ! C’est ce monde « surnaturel » que les écrivains comme Georges Bernanos, François Mauriac, Paul Claudel ou la grande poétesse Marie Noël nous font pressentir mais auquel nous croyons si peu dans la vie quotidienne.

    Alors, allons-y, entrons vite dans ce « purgatoire » ! Ce ne sont pas les morts qui manquent, hélas ! 

    Jacques P. - 11/2025

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    Identité/identités

    Depuis quelques années, on s’interroge dans notre pays sur la notion d’identité. Qu’est-ce que l’identité chrétienne, se demande-t-on en constatant les nombreuses fractures entre catholiques (et le récent pèlerinage de Chartres en a souligné une : la fracture liturgique).

    Plus largement encore, on s’est posé la question de l’« identité française » que beaucoup de nos concitoyens considèrent altérée par la présence sur notre territoire de très nombreux groupes humains venus d’ailleurs et porteurs d’une « culture » différente de la nôtre. Petite parenthèse : ces deux thématiques se recoupent lorsqu’un jeune prêtre venu d’Afrique ou d’Asie s’adresse à ce qui reste de catholiques dans une paroisse : majoritairement de « vieux » croyants épris du Concile Vatican II et parfois surpris, voire choqués par ce qu’ils entendent.

    Je me suis donc posé, moi aussi la question : quelle est l’identité d’un chrétien ? Pour cela j’ai fait appel à un très ancien et vénérable témoignage, celui de l’auteur de l’Epître à Diognète. Ce texte a été écrit vers 150 par un chrétien cultivé qui voulait présenter le christianisme à un non-chrétien de son milieu. En effet, de nombreuses « infox » et rumeurs circulaient et donnaient une mauvaise image des chrétiens, malgré leur vie plutôt exemplaire. Mais puisqu’ils ne participaient pas au culte impérial, celui de l’État, ils passaient pour de mauvais citoyens, ils n’étaient pas vraiment « Romains ». Tiens, tiens, cela me rappelle des propos que l’on entend aussi aujourd’hui, chez nous sur les « vrais Français »…

    Voici un extrait de ce qu’il écrivait :

    « Les Chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le langage, ni par les vêtements. Ils n'habitent pas de villes qui leur soient propres, ils ne se servent pas de quelque dialecte extraordinaire, leur genre de vie n'a rien de singulier. Ils se répartissent dans les cités grecques et barbares suivant le lot échu à chacun ; ils se conforment aux usages locaux pour les vêtements, la nourriture et la manière de vivre, tout en manifestant les lois extraordinaires et vraiment paradoxales de leur république spirituelle. Ils résident chacun dans sa propre patrie, mais comme des étrangers domiciliés. Ils s'acquittent de tous leurs devoirs de citoyens et supportent toutes les charges comme des étrangers. Toute terre étrangère leur est une patrie et toute patrie une terre étrangère. Ils passent leur vie sur la terre, mais sont citoyens du ciel. »

    Quelle leçon tirer de ce texte pour aujourd’hui ? Puisque, selon l’auteur, nous n’avons aucune patrie en propre, nous ne devrions pas nous inquiéter pour le devenir (en particulier culturel) du lieu où nous vivons ; après tout notre « patrie » c’est « le ciel », le « royaume de Dieu ».

    Pourtant, malgré l’autorité de ce texte, je n’arrivais pas à me détacher du sort du pays où je suis né, où sont nés la plupart de mes ancêtres (et j’en connais jusqu’au XVIème siècle) dont j’ai enseigné quarante années durant, l’un des fondements de la culture : la langue ! Comment résoudre ce conflit ?

    Eh bien, j’ai fini par comprendre (et la lecture du regretté Jean-Pierre Magnine, commentateur des évangiles du dimanche pour le magazine La Vie pendant des années m’y a bien aidé) que ce que Jésus appelle le « Royaume de Dieu » ce n’est pas un lieu mais une manière de vivre. Entrer dans le royaume de Dieu, c’est proprement vivre dans l’amour. Et vivre dans l’amour ne change rien au fait de vivre aussi dans une patrie terrestre dont le sort doit nous préoccuper avec, cependant, cette question primordiale : qu’est-ce qui va permettre à tous ceux qui se trouvent sur le sol de cette patrie d’y vivre dans l’amour !

                                                                                                                                         Jacques P. - 10/2025

     

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