Encyclique "Magnifique Humanité"

    Ebauche de résumé de l’encyclique « Magnifica humanitas » de Léon XIV

     

                L’encyclique de Léon XIV ne semble pas avoir obtenu la même audience que « Laudato si », or elle concerne le monde qui s’esquisse sous nos yeux. Je me permets donc de vous en proposer un résumé à ma façon (les passages en italiques reflètent mon opinion, les passages en gras sont des citations directes de Léon XIV).

    Dans les deux premiers chapitres, le successeur de Léon XIII revient sur les origines, les principes, l’évolution de ce qu’on appelle la « Doctrine sociale de l’Eglise » dont les premiers fondements ont été posés par l’encyclique « Rerum novarum » de 1891. Je la suppose connue de tous les catholiques je n’en rappelle donc que quelques principes : destination universelle des biens de ce monde, participation à égalité de tous dans leur production, reconnaissance de la valeur du travail de chacun, équité dans les rapports économiques, principe de « subsidiarité » qui invite à agir au niveau le plus proche des personnes concernées etc. Il ajoute qu’elle n’est pas un répertoire de solutions toutes prêtes, mais un outil pour discerner avec l’aide de tous selon les temps et les lieux.

     

    Dans le chapitre trois, Léon XIV aborde ce qu’on appelle l’intelligence artificielle.

    Il commence par reprendre des images bibliques : soit on construit la tour de Babel, soit on restaure les murs de Jérusalem, au retour d’exil, avec Néhémie. Dans le premier cas, l’IA régente tous les aspects du monde, impose ses choix, dans l’autre chacun participe et il ne s’agit pas de créer un nouveau monde mais d’améliorer le monde existant. Bien sûr, Léon XIV nous demande de choisir la seconde méthode et il admet que la « doctrine sociale » évolue dans le temps. § 91 : « Je suis convaincu que la manière concrète de vivre les relations sociales à la lumière de l’Évangile n’est pas fixée une fois pour toutes, mais qu’elle reste une tâche confiée, de génération en génération, à la communauté chrétienne. »

                Le Pape rappelle que la technique n’est pas qu’un moyen au service des hommes, elle est aussi, bien souvent, un pouvoir, et ce pouvoir n’est pas aux mains de tous (par l’intermédiaire de l’État) mais de groupes puissants qui ont leur objectif, qui n’est pas forcément le bien commun. Et d’ailleurs, pour lui, ce n’est pas le critère de « l’efficacité » qui doit primer car cela réduit l’être humain à sa « performance », cela en fait un simple « moyen », une « fonction » (1) ce qui est contraire à la dignité inaliénable de tous les êtres humains. De même, « Plus puissant ne signifie pas forcément meilleur » rappelle-t-il.

    Il ajoute aussi que l’IA devient aujourd’hui plus qu’un outil dont l’homme serait l’utilisateur mais aussi, un « environnement », une atmosphère dans laquelle nous baignons et qui donc produit des réflexes, des manières de penser, d’agir... autrement dit qui agit sur nous ! En effet, les algorithmes selon la manière dont ils sont conçus, renforcent des stéréotypes, excluent une partie du monde. Sans parler des fausses nouvelles, fausses images générées par cette IA, de la violation de la vie privée, de l’accaparement des données personnelles, des œuvres intellectuelles ou artistiques etc. Et ne parlons pas du contrôle social intrusif que permet l’IA via les caméras de surveillance.

                Comme la formulation des algorithmes est opaque, il demande un contrôle « Sans cela, ceux qui contrôlent l’IA imposeront leur propre vision morale qui deviendra l’infrastructure invisible des systèmes ».

               

    Il pointe plusieurs risques : le fait qu’une partie du monde ne participe pas à l’élaboration des « modèles » (d’ailleurs, j’ai appris que les Africains se démenaient pour que les textes en langues africaines fassent partie du corpus de données utilisées par l’IA). De même les pays puissants peuvent exploiter les plus dépendants comme on le voit actuellement dans le domaine de la santé : des millions de « données » de santé sont aspirées dans les pays pauvres, puis étudiées par l’IA ce qui permet à de grandes sociétés états-uniennes de fabriquer des produits, de dicter des politiques sanitaires sans que les pays concernés puissent réagir. L’administration Trump l’exige en échange de son aide financière. Léon XIV y voit un nouveau colonialisme.

                De même, il note que l’IA est un instrument aux mains des riches et il voudrait qu’il n’en soit pas ainsi, que tous puissent participer à son développement, son usage. Notant que le multilatéralisme décline, il demande pourtant que les hommes s’accordent pour créer un cadre juridique international, une instance de surveillance indépendante, une éducation saine au numérique.

                Il note que l’IA est alimentée par le travail d’innombrables personnes, invisibles et mal payées qui agrègent les données dans des pays pauvres ; et il y a aussi tous ceux qui fournissent les « terres rares » dans des conditions de travail indignes. 

                Une formule de Magnifica Humanitas a été reprise par les médias : « désarmer l’IA » ; cela ne veut pas seulement dire : ne pas l’utiliser pour des actions belliqueuses mais aussi empêcher qu’elle ne soit mise au service de la compétition économique ou intellectuelle ; être supérieur techniquement ne donne pas le droit de faire la loi.

                Il pointe le danger de déresponsabilisation des hommes qui utilisent l’IA : ainsi, lors d’une guerre, si l’on utilise des robots-tueurs (je pense à ces drones qui tirent sur la première personne vivante qu’ils rencontrent) on peut avoir l’impression de ne pas tuer soi-même, la guerre devient un jeu « soft ». Dans tous les cas, dit-il, l’homme doit avoir le dernier mot et prendre le pouvoir sur la machine.

     

                Les IA ne sont pas humaines, même si elles veulent le faire croire ; on nous fait croire qu’elles « apprennent » par l’accumulation de nouvelles données, mais cet apprentissage ne ressemble pas à la manière dont un homme apprend par ses expériences et par les sentiments, émotions, réflexions, regrets, qui façonnent sa pensée. Quand, dans certains pays, une personne âgée isolée communique avec une marionnette-robot animée par l’IA, elle s’imagine avoir près d’elle une personne amicale. En effet, ce robot est dressé à repérer les expressions des sentiments, à deviner si la personne est triste, fatiguée etc. et à répondre en conséquence ; mais nous savons bien que la communication humaine passe par de multiples canaux : geste, mimiques, ton de la voix, regards surtout ! Et cela, le robot ne peut l’assimiler. Quel robot pourra regarder une grand-mère avec les yeux de sa petite-fille (et réciproquement) ?

               

    Léon XIV reproche à l’IA de simuler des capacités (intellectuelles) mais de n’avoir aucune conscience morale, ni compassion ni relation « humaine ». Je repense à un épisode de la première guerre mondiale rapporté par André Malraux : lors de la première attaque par des gaz toxiques menée par les Allemands contre les Russes, les soldats allemands qui avançaient vers leurs ennemis gazés ont été tellement horrifiés par ce qu’ils découvraient qu’ils ont chargé sur leurs épaules ces Russes pour les ramener vers les ambulances allemandes. Quelle IA leur aurait donné cet ordre ? À coup sûr, si on lui avait demandé « Comment gagner cette guerre ? », elle aurait répondu : « achevez-les vite ! ».

                Pour Léon XIV, il y a civilisation quand on reconnaît l’autre non comme une « fonction » mais comme un être humain total, corps et âme.

                Il craint aussi que des millions de travailleurs ne perdent leur emploi à cause de l’IA et invite à prendre la question au sérieux.

                Il nous met en garde contre la croyance en la possibilité d’une réponse quasi-immédiate à toutes les demandes alors que la vie humaine demande du temps de réflexion pour trouver la solution à bien des problèmes. Et puis, cette réponse immédiate sera-t-elle la bonne ? Un jour, un ami a demandé à l’IA d’écrire un commentaire sur un célèbre vers de Jean Racine. Le commentaire était m’a-t-il dit excellent mais... L’IA attribuait ce vers à une autre tragédie de Racine que celle dont il était extrait ! Cela me rappelle ce que je dis souvent : « On ne sait se servir d’une machine que si l’on sait aussi s’en passer » ; je m’explique : vous ne savez utiliser votre GPS que si vous savez remarquer qu’il se trompe dans la destination par exemple (Gilly-sur-Loire n’est pas Gilly-les-Cîteaux ) ou vous fait passer par un chemin non-carrossable etc. C’est l’homme (et son cerveau) qui doit avoir la main sur la machine.

                On nous promet que la machine apprendra petit à petit et se corrigera elle-même. Mais les questions sont infinies et cet « apprentissage » ne peut avoir de fin.

                Léon XIV plaide pour la transparence des algorithmes, la protection des données personnelles (on sait déjà comment la propriété intellectuelle est malmenée par les géants de la Tech), pour un journalisme fondé sur une utilisation correcte et critique de l’IA. Or nous savons combien celle-ci peut créer de fausses images, de fausses nouvelles et les diffuser largement.

                Il demande aussi que l’on protège les mineurs contre tous les usages dévoyés de l’IA ; il recommande de savoir « jeûner » de l’IA.

     

    Le Pape demande que l’on ne croie pas « posséder » la vérité mais qu’on la cherche ensemble ; son maître, Augustin d’Hippone écrivait déjà : « Ne prétendons ni l’un ni l’autre avoir découvert la vérité. Cherchons-la comme quelque chose qui nous est également inconnu. Nous pourrons la chercher avec amour et sincérité lorsqu’aucun d’entre nous n’aura la hardiesse ou la présomption de croire qu’elle est déjà en sa possession ».

     

    « La vérité est un bien commun » affirme Léon XIV.

               

    Il continue par des réflexions sur les jeunes, l’éducation, l’accès à la scolarité, les programmes scolaires (aux États-Unis, c’est un sujet de débats virulents or Léon XIV est américain, sûrement bien informé de ce qui s’y passe et il s’en soucie même s’il se veut pasteur universel) …

                Il dénonce aussi les rêves fous de la Silicon Valley : transhumanisme, post-humanisme. Comme si l’homme pouvait s’affranchir de sa condition mortelle, fragile. Comme si la pensée se réduisait à des connexions neuronales transcriptibles en code informatique...

     

    Vous avez peut-être entendu parler de ces « enhanced games » ou Jeux quasi-olympiques augmentés qui ont eu lieu aux États-Unis en mai 2026 : les athlètes pouvaient utiliser toutes les substances chimiques de leur choix au nom de la liberté individuelle. 

                C’est une humanité fragile mais merveilleuse car capable d’un amour sans bornes que promeut notre pape Léon et non cette « sur-humanité » qui se dénature. C’est à une écologie intégrale qu’appelait le bon pape François qui respecte aussi l’homme !

     

                 Pour finir, n’oublions pas qu’en anglais « intelligence » ne signifie pas uniquement (comme en français) « intelligence » mais aussi « renseignement » (pensons à l’Intelligence service de James Bond) ; il faudrait dire : « information artificielle » plutôt en sachant que cette information est fabriquée à partir de données qui ne recouvrent pas toujours tout le champ concerné et que les algorithmes ( toujours eux ) sont établis par des humains qui font des choix intellectuels, moraux, économiques etc. L’IA n’est ni « neutre » ni vraiment « humaine » car même si ce sont des humains qui l’alimentent en données et formulent les algorithmes, ce n’est pas un humain qui nous répond mais une machine.

    Voilà l’essentiel, me semble-t-il ; mais vous pouvez la lire intégralement ; elle est facile d’accès. 

    Jacques Penet 08/2026

     

     

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